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Mon odyssée de turfiste: épisode III

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Après mes premières expériences hippiques, plutôt positives, j’ai commencé à allonger le tir. Mes nuits étaient peuplées de rêves qui avaient pour noms, Explorateur II, Michigan II, Quintefeuille, Hyères III, entraîné par Léon Gaumondy (entraîneur de mon Paraf) Rivoli, qui fut l’un des premiers A.Q.P.S.A. (Autre Que de Pur-Sang Anglais pour les non-initiés) à battre les Pur-Sang !

 

 

Ne connaissant que France-soir, j’ai appris que deux autres bibles étaient écrites : Paris-Turf, Sport-Complet.

J’allais comme un homme acheter mon journal au kiosque, Paris -Turf pour les courses de galop et Sport Complet pour le trot.

J’apprenais rarement mes leçons trouvant stupide de connaître par cœur un texte racontant l’histoire de Vercingétorix ou bien qu’Henri IV voulait que le peuple mange une poule au pot le dimanche. Malgré cela je finissais régulièrement premier de ma classe, parfois deuxième lors d’un mois ou j’avais peut-être trop passé de temps sur le Turf…

Comme tous les enfants, j’avais quand même de plus saines occupations que le PMU.  Le jeudi matin, j’allais jouer au foot. C’était bien. On avait à seize heures un goûter et l’on pouvait voir la télévision. Tous les jeudis après-midi, j’attendais avec une certaine fébrilité les épisodes de Zorro. J’adorais les histoires de ce justicier masqué, monté sur son superbe cheval noir nommé Tornado. Je ne voyais la télé que le jeudi. Parfois je regardais un téléviseur à travers les vitres des bistros.

Je me souviens de ce sympathique patron qui m’a invité dans son bar pour regarder la finale de la Coupe du Monde de football 66, Allemagne-Angleterre. Ce bar était situé au coin de la rue Saint-Sauveur et de la rue Saint-Denis (rue très fréquentée par des messieurs souvent seuls! ). Ce chic café s’appelait ‘Aux sans souci ‘. Quel programme! Toute ma philosophie de la vie réunie dans le nom d’un café, c’est dingue ! D’ailleurs quelques années plus tard j’ai rencontré aux courses le patron de ce bar…qui était devenu propriétaire de chevaux de course.

J’aimais beaucoup les westerns ainsi que les péplums. Je me prenais pour un Cow- boy en sortant des cinémas. Je devenais une espèce de John Wayne en culotte courte. J’allais jusqu’à mettre un foulard noué autour de mon cou à la façon Western pour faire plus vrai. Je me suis toujours créée un monde imaginaire, étant né sous le signe du cancer. Nous passons pour de grands rêveurs les personnes nées entre 22 Juin et le 22 Juillet.

En 66, j’ai découvert celui qui fut longtemps mon idole en tant que jockey et qui le restera comme entraîneur, Freddy Head. Il avait dix-huit ans, seules cinq années de plus que moi, et il gagnait l’Arc de Triomphe, avec un cheval dénommé, Bon Mot. Cela a dû m’impressionner car je pariais presque les yeux fermés sur ce jockey chaque fois que Freddy se mettait en selle.

L’idole des turfistes dans ces années-là était Yves saint Martin. Ce n’était pas mon jockey préféré, peut-être pour tout simplement ne pas dire comme tout le monde. J’ai essayé au maximum de ne jamais faire comme la majorité des gens. Cela m’a plutôt bien réussi, mais on ne peut jamais être certain de rien. Je suis du style: l’été à la montagne, l’hiver à la mer.

Tous les joueurs sont de grands rêveurs. Rêver, imaginer, fantasmer empêche des frais colossaux chez les ‘psys’ non ?

Faut quand même être d’une autre planète pour réaliser tout ce que j’ai fait dans ma vie de turfiste ! J’en connais (eh oui !) qui sont encore plus dingues que moi, parfois même je me demande si les courses de chevaux de course n’existaient pas, ce qu’ils auraient bien pu bien faire de leur vie. Peut-être auraient t-ils tout simplement inventé les courtines ! …

Voilà j’y arrive où je voulais vous emmener, dans un monde de fous, de dingues, de doux rêveurs, celui des joueurs.

Dans ce monde-là, on peut rajouter les éleveurs, les propriétaires (cela leur coûte souvent cher l’amour du cheval), les entraîneurs (qui doivent expliquer pourquoi le cheval de M. untel est battu !). Les jockeys, les apprentis, les lads, les journalistes, les pronostiqueurs qui doivent eux aussi expliquer pourquoi que leur coup sûr est tombé à la dernière haie. Chose pas simple, croyez-en mon expérience.

Et puis les principaux acteurs : les chevaux, trotteurs, sauteurs, galopeurs. Heureusement que je les ai connus, les Pot d’or, Gamelia, Tidalium Pelo, Fast Action, Bison futé, Riverqueen Gamine d’Ici, mais je ne vais pas commencer à citer tous les noms des chevaux que j’ai idolâtrés, une nuit ne me suffirait pas.

J’ai connu bien plus tard les courses de trotteurs,en compagnie d’un copain qui suivait le même ’doctorat ‘ que moi. Il faut dire qu’il avait de qui tenir, son père était joueur. J’ai longtemps fait équipe avec ces deux compagnons de route.

De suite Vincennes fut un coup de foudre. J’étais fou amoureux, des Oscar R.L, Roquepine, Pluvier III, Pastourelle VIII. Rien que leurs noms me faisaient frissonner ! Bien plus que ceux de Brigitte Bardot ou Catherine Deneuve.

Les courses ont de suite pris une importance capitale dans mon adolescence. Elles m’ont sûrement empêché de faire pas mal d’âneries, étant souvent livré à moi-même, traînant pas mal dans les rues et ne connaissant pas que des enfants de cœur (que d’ailleurs je ne fréquentais plus, 1968 oblige)

En semaine. Je laissais deux, voire, quatre francs à ma mère qui partait seule à Auteuil, histoire de s’oxygéner, pendant que je continuais d’apprendre que Zeus était fils de Cronos…franchement comme si je n’avais que cela à faire !

Le soir je partais à la rencontre de ma mère à la sortie du métro. Bien que pas très démonstrative de ses joies ou de ses peines, lorsqu’elle montait les marches, je savais si les chevaux que je lui avais demandé de jouer avaient bien rempli leurs contrats. Je me souviens de ces moments où j’étais ‘ The King of Turf ‘. Pensez donc mon cheval avait gagné, oui Monsieur, mon cheval.

Dans les cours de recréations, au lieu de jouer aux petits soldats ou aux billes, je me prenais pour un entraîneur de chevaux . J’avais ma propre écurie. À quatorze ans faut le faire non ?

Lorsque j’allais au square du Palais-Royal, je mettais deux chaises face à face, formant ainsi une haie, puis j’imaginais piloter l’un de mes chevaux franchissant tous les obstacles d’Auteuil devant une foule colossale. Je suis peut-être l’inventeur des courses virtuelles…

Certains psys auraient sûrement conseillé à ma mère de me donner quelques séances si j’avais parlé de mes délires. Je pense plutôt que l’amour des chevaux m’a permis d’être moi-même. Je vivais dans mon monde cruel, n’ayant ni père, ni sœur, ni frère, juste une mère que j’adorais et mes rêves de Grand Steeple et d’Arc de Triomphe.

 

A SUIVRE…

  • Mon odyssée turfiste…Comment en suis-je arrivé là?

       17H40 : un soir de réveillon de Noël sur l’hippodrome de Vincennes côté pelouse…  Quelq…
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2 Commentaires

  1. Marcelline

    27 juin 2020 à 11 h 26 min

    Bravo bien écrit on sent le vécu

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  2. Tops et Flops

    29 juin 2020 à 10 h 59 min

    Merci beaucoup. En effet c’est que du vécu .

    Répondre

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